Conte de Noel


Nous sommes début décembre, dans les années 60.
La neige commence à recouvrir de son manteau blanc
les arbres, les toits, les pelouses et la chaussée. Elle a
fait fuir les oiseaux et mis de la joie dans le cœur des enfants.
Mais les oiseaux ne sont pas les seuls à avoir délaissé le jardin de
Pierre. Éloïse, sa douce, sa tendre moitié, l'a quitté au début
novembre. Un cancer foudroyant l'a emporté, à peine trente ans. Il
la cherche souvent le soir parmi les étoiles. L'eau dans ses yeux
n'est pas la neige qui tombe à gros flocon.


Marianne ne s'est pas remise du décès prématuré de sa maman.
Elle n'était pas préparée bien sûr, mais qui peut l'être?
Dans sa petite chambre à l'étage, elle essaie de
reproduire le visage de sa maman pour ne pas l'oublier. Dessin
qu'elle montre à son papa qui se retient à chaque fois pour ne pas
verser de larmes tant la ressemblance est frappante.


Puis Noël approche et Pierre décide de combler sa fille de cadeaux,
de guirlandes, de sapin, de musique, en espérant voir les petit yeux
d'Marianne briller ne serait-ce qu'un instant pour faire de Noël,
une autre fois la fête de son enfant. Le 23 tout est enfin prêt.
Plein de cadeaux sous un sapin illuminé, près d'un bon feu de foyer.
Pierre promet à sa fille d'éteindre le feu le 24 au soir pour que
le Père Noël puisse venir sans se brûler. Mais, dans la nuit,
l'électricité se met à faire défaut, et des étincelles mettent le
feu au joli sapin d'Marianne. Pierre qui avait mit ses dernières
économies dans cette fête pour Marianne et lui, se retrouve sur
le banc d'un parc, à regarder se consumer les dernières
braises emportant avec elles, tous leurs biens. Il se demande
quoi faire. Et pour Marianne c'est un autre drame. Elle
verse toutes les larmes de son petit corps, encore une fois.
Même prendre le train pour la Beauce, il n'y pense pas.
Ses derniers sous étaient sur la table de chevet.


Sans famille et sans attache dans la grande ville, il ne sait pas où aller.
Ils se lèvent le cœur gros en cette veille de noël et décident
quand même de faire de l'auto stop. C'est la seule idée qui vient à Pierre.
Ils n'avançaient pas très vite car, Marianne était gelée et de grosses
larmes inondaient son petit visage rougi par le froid. Mais à peine
avaient-ils traversé quelques rues, qu'un gentil camionneur offrit
de les prendre à son bord. Pierre et Marc firent connaissance,
et ce dernier fut attristé par les malheurs de Pierre et Marianne.
N'écoutant que son grand cœur, il les emmena chez lui, pour la
veille de noël et offrit de les aider. Pierre et Marianne eurent
ainsi un noël avec un vrai repas, des chants, un sapin et même
Annie, la petite fille de Marc, partagea ses jouets reçus en quantité
avec Marianne qui fini par sourire, et s'amuser un peu.


Le lendemain de Noël, allant de surprises en surprises,
Pierre trouva à côté de son café une lettre avec un mot de la
femme de Marc et des sous pour 2 billets de train pour la Beauce.
Après embrassades, poignées de main, larmes et câlins,
Marc les conduisit à la gare et les installa en route pour
la famille de Pierre et Marianne et leur souhaita une dernière fois
un bon nouvel an malgré tout.


Au printemps, revenu dans la grande ville avec sa fille,
et remis tant bien que mal de ses épreuves, Pierre ne retrouva
jamais de traces de Marc et sa gentille famille. Qui était-il?
Où était-il passé? L'adresse indiquée n'existait pas,
ni même cette petite rue tranquille.


Pierre expliqua à Marianne que le petit Jésus avait
sans doute mis ces 3 anges sur leur chemin pour
éponger leur chagrin et atténuer leurs souffrances.
Depuis ces événements tragiques, chaque soir Pierre
et Marianne prient pour remercier le Seigneur d’avoir
mis sur leur chemin un homme remarquable comme Marc
et sa famille. Depuis cette année là, Pierre se fait un
devoir à chaque Noël de parcourir les parcs à la recherche
de personnes dans le besoin et de leur remettre un
pain brioche que Marianne a cuisiné avec amour
et une boisson chaude.


Cela est devenu avec les années un rituel important
à l’occasion de Noël. Même si aujourd’hui Pierre est rendu
très vieux et incapable de marcher seul, Marianne le couvre
chaudement et le conduit en fauteuil sur les sentiers glacés
des parcs. Depuis 45 ans elle n’a jamais manqué à sa promesse de
mettre de la joie dans le cœur de ceux qui pleurent à Noël.




  Texte : Lyne Desmarais et André Lemay
  Musique : André Lemay

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